Le secteur du tourisme doit terminer sa mutation et continuer d’inventer son
avenir. Cela signifie qu’il devra intégrer de nouvelles plates-formes
technologiques et de nouveaux modèles économiques qui impliqueront, et impliquent
dès aujourd’hui, des changements culturels et structurels des acteurs actuels.
Sauront ils les planifier et les mettre en oeuvre? Verrons nous s’imposer
de nouveaux entrants? Les leaders d'aujourd'hui peuvent profiter de la situation pour se renforcer ou mourir en essayant de s’adapter. Ce qui est arrivé à Nokia peut
arriver aux leaders des voyages d'affaires (Carlson Wagonlit
Travel, Amex Travel , BCD ou HRG) ou aux leaders du secteur des voyages
loisirs (TUI ou Thomas Cook) . En effet, il y a moins de deux ans, Nokia était leader du téléphone
mobile quand cette entreprise a rencontré des difficultés économiques et
stratégiques, pour ne pas avoir su anticiper et ne pas avoir su s’adapter aux
nouvelles attentes des clients et intégrer les nouvelles technologies découvertes par ses concurrents. Nokia a ensuite été
démantelé et racheté par Microsoft en début d’année.
Il est évident pour tout le monde que les technologies sont nécessaires pour
optimiser les ressources, en automatisant les processus
opérationnels, et pour profiter des opportunités en terme de
distribution et de marketing direct en implantant des systèmes de CRM et des systèmes de réservations rapides et intuitifs. Mais il est essentiel de comprendre que
les investissements dans les nouvelles technologies sont des facteurs clés pour
répondre aux attentes nouvelles des voyageurs. Elles deviennent ensuite, pour les entreprises qui les développent et les mettent en œuvre correctement, des
avantages concurrentiels et des barrières à l'entrée pour les nouveaux entrants. Il faut, non seulement, répondre aux attentes des voyageurs
identifiés au jour d’aujourd'hui, mais aussi à celles qui vont apparaitre dans
le «big bang des services mobiles et numériques », qui est engendré par
les utilisateurs eux mêmes.
Les tendances et les technologies naissent et sont mises en œuvre de plus en
plus rapidement, la radio a patienté 38 ans pour atteindre une audience de 50
millions d’auditeurs, la télévision 13 ans et Internet seulement 4 ans ....
Quel impact auront les nouvelles technologies et en combien de temps
seront-elles mises en œuvre dans le secteur du tourisme? C’est un exercice de
prospective difficile, si l’on prend en compte qu’actuellement nous formons les
étudiants pour des emplois qui n'existent pas encore, qu’ils utiliseront des
technologies qui n'ont pas encore été inventées ... pour résoudre des problèmes
et répondre à des attentes que nous ne connaissons même pas.
Essayons de résoudre cet exercice de prospective.
Dans la distribution hôtelière les technologies permettront de continuer à
maximiser la rentabilité et permettront aux voyageurs d'accéder à l’information
de manière plus rationnelle. Ainsi un voyageur pourra effectuer des
comparaisons et vérifier cette information
via les réseaux sociaux avant de réserver. Il pourra aussi le faire pendant le voyage, à tout moment et en toutes
circonstances. Les hôtels offriront gratuitement tous types de connectivités et
créeront de nouveaux services payants. Nous ouvrirons les portes des chambres
par reconnaissance de nos empreintes digitales ou via notre portable, nous
pourrons payer par le même moyen le mini bar ou demander un service de chambre
via une nouvelle application de notre Smartphone. En rentrant dans la chambre
tous les périphériques disponibles se configureront selon les caractéristiques
personnelles du cloud du client. L'hôtel sera choisi en fonction de la présence
ou non d'amis facebook et les salles de réunions seront réservées via Linkedin
.
Dans l'aérien, la technologie permettra de faciliter le processus de servuction
(élaboration du service), d’optimiser le processus de réservation et
d'améliorer l'expérience vécue par le voyageur. Depuis n'importe quel support
numérique, on offrira (jusqu’à la porte d’embarquement) la possibilité du check-in
(50 % en ligne en 2013 ... 90 % fin 2014),
de l'enregistrement des bagages, de la réservation des places, et tout
autres services à la carte. Tout sera modifiable jusqu'au dernier moment. Le
siège pourra être sélectionné selon les caractéristiques habituelles, côté
couloir ou hublot, mais aussi en fonction de la présence d’un contact LinkedIn
de catégorie 1 ou de tout autre réseau social, ou le cas échant s‘il existe des
profils similaires s’étant identifiés comme ouvert au dialogue pendant le vol.
Les désagréments rencontrés dans les aéroports seront réduits au minimum, les
contrôles seront facilités par l'intégration de nouvelles technologies, du type
Passbook et NFC ( Near Field Communication), permettant la reconnaissance et la
révision numérique des personnes et des bagages. Aussi seront mis en service
des portiques à reconnaissance et ouverture automatique pour les zones de
contrôle et d'embarquement. Dans les avions la connectivité à bord sera totale
et généralisée et permettra l'émergence de nouveaux services à hautes teneurs
technologiques tels que l'accès à des produits de visioconférences, ou la mise
à disposition de tablettes personnalisées qui par reconnaissance digitales
s’auto chargerons avec les données du voyageurs stockées et sécurisés sur des
serveurs virtuel.
Mais n'oublions pas ce qui est certainement le
plus important. Tous ces progrès technologiques vont permettre une meilleure
connaissance des passagers et une personnalisation, de bout en bout, du
service. Rappelons que les critères de segmentation des clients se multiplient
actuellement à l'infini dans les gigantesques bases de données CRM (customer
relationship management). Ces informations croisées avec les données stockées
via les réseaux sociaux vont permettre de développer un service personnalisé
qui va sans aucun doute augmenter la satisfaction des voyageurs, permettre de
les fidéliser et de réduite partiellement le stress engendré par le voyage. Et
pour les entreprises du secteur qui auront su investir et changer, ou pour les
nouveaux entrants qui se seront imposés par leur maitrise des technologies,
d’importants revenus seront générés.
Nous devons être conscients que le numérique est entièrement intégré dans la
vie du voyageur et que l'utilisation des Smartphones, qui ont une croissance
exponentielle, l’est dans le processus de servuction du voyage. En 2020, plus
de 50 % des employés des entreprises, et par conséquent des voyageurs
d'affaires, seront des « Millennials» (nés dans les années 80/90). Ils sont nés
et ont étudiés avec internet! Le numériques et les applications mobiles, en particulier,
deviennent des facteurs clés de succès dans l'industrie et seront des barrières
stratégiques et commerciales pour les entreprises qui ne les intègrent pas dans
leurs processus et dans leur offre de services. Nous entrons dans un
environnement de connectivité totale et permanente. Bienvenue dans le village
global de l'interaction numérique et de la connectivité.
Petit tour guidé de notre
village global numérique et interconnecté d'aujourd'hui.
En une minute sur Internet, Google reçoit plus de 2 millions de visites, plus
de 600 sites sont créés, plus de 100 heures de vidéos sont chargées sur
YouTube, plus de 200 millions d'emails sont envoyés, plus de 1,8 millions de
"j’aime" sont enregistrés sur facebook ... , en 1 heure, les 1,4 milliards d'utilisateurs de Facebook
partagent plus de 10 millions de photos, Twitter enregistre plus de 500
millions de messages par jour (environ 200 milliards par an), plus de 350
millions de tablettes numériques par an sont vendues (129 millions en 2012 ).
Plus de 50 % des plus de 21 ans ont créé du contenu web et plus de 80 % des
enfants de 4 ans ont utilisé un ordinateur.
Ces dernières années, dans
le secteur du tourisme, nous avons vécu une nouvelle étape de la révolution
technologique. Elle n’est pas terminée, elle s’accélère.
Dans les années 1965 à 1995 les agents de voyages étaient les seuls à utiliser
les GDS (Système de gestion des réservations des compagnies aériennes). Ils
étaient l'interface humaine indispensable et obligatoire pour réserver un
voyage.
Au cours des 10 années
suivantes, dans le secteur des voyages d’affaires, les entreprises clientes ont
commencé à demander des outils d'auto - réservation, sans pour autant les
utiliser, par manque de fonctionnalité. Les voyageurs eux, ont commencé à avoir
accès et à utiliser l'information disponible sur Internet.
En 1996 naissent Expedia
(sous l’impulsion de Microsoft) et Travelocity (GDS Sabre ). Et à la même
période Amadeus se positionne comme un acteur stratégique dans l’online B2B et
B2C. Les réservations en ligne ont une croissance exponentielle.
Depuis 2008, avec le lancement de la 3G, de l’iphone d’Apple et des premières
applications de voyage, le Travel 2.0 s’impose. En 2014 avec la 4G, le voyageur
demande un accès, permanent et mobile, à l'information et il dialogue sur les
réseaux sociaux pour la contraster avant de prendre la décision de réserver. Le
voyageur commence à évaluer en ligne les services reçus (1 voyageur d'affaires
sur 3 admet avoir posté un commentaire et/ou évalué un hôtel sur internet).
Maintenant nous devons anticiper les tendances et être conscient de la
prolifération des Smartphones avec connexion permanente à internet. C'est la
révolution des 3 prochaines années. On estime qu'il y aura plus de 2 milliards
de Smartphones en 2015, actuellement 84 % des passagers en ont un et il est
estimé que plus de 50 % des réservations en ligne seront faites sur un
téléphone portable en 2017. Deux systèmes d'exploitation dominent le marché
avec 92 % de part de marché : Apple (iOS pour iPhone et iPad ) et Google (
Android ) . Pour ne pas hypothéquer son avenir dans l’internet mobil, Microsoft
a essayé de réagir, peut-être trop tard, avec le rachat de Nokia .
Les entreprises leaders de l'industrie du voyage seront-elles gérer ces
changements? Est-il trop tard, comme pour Nokia ? Seront-elles rachetées par
des sociétés technologiques? Les leaders d'aujourd'hui vont-ils disparaitre ou
muter ? Qui seront les acteurs de demain?
Dans la situation actuelle, les leaders de l'industrie ne doivent pas seulement
prendre conscience de cette évolution pour définir une stratégie future. Ils
doivent avoir la capacité et la volonté de faire des investissements importants
et mettre en place des alliances stratégiques. Ils doivent être en mesure de
mettre en œuvre une politique du changement en interne, pour adapter leurs
structures et changer leurs cultures traditionnelles. Ils doivent aussi
intégrer et savoir retenir de nouveaux profils et certainement aussi
restructurer les équipes existantes. Ils devront aussi changer leur image et
certainement leur nom et repositionner leurs marques, souvent obsolète ou
inadapté aux nouveaux modes de communication. C'est une révolution totale que
de nombreuses entreprises n'ont pas anticipée et/ou sont incapables de mettre
en oeuvre. Beaucoup n'ont pas suffisamment investi dans le numérique. Elles ont
des structures de coûts insoutenables et une résistance interne au changement,
qui ne leurs permettront pas de s'adapter et de survivre. Dans le même temps, les
entreprises technologiques ont la possibilité d'acquérir des positions fortes
sur le marché de la gestion des voyages. Google, Apple ou Microsoft, mais aussi
Amadeus ou Sabre peuvent être les leaders de demain, seul ou en achetant tout
ou partie des sociétés actuelles qui pourraient être démantelées ou vendues,
comme Microsoft avec Nokia.